Lumière sur la production de projets culturels

Crédit photo: Stephan Poulin

Les milieux créatifs, innovants et culturels peuvent être jugés comme hyper stimulants pour les jeunes professionnels cherchant à se démarquer par la grandeur de leur idées et de leur vision. Stimulée, c’est sans aucun doute un adjectif qui colle bien à Laurence Montmarquette, ancienne étudiante de la MGP, qui occupe présentement un poste de chargée de projet au sein de l’équipe de production au Quartier des spectacles. Stimulant, son travail l’est alors qu’elle travaille pour l’organisme qui gère, anime et chapeaute le lieu qui se veut l’épicentre de la culture et du divertissement à Montréal. Nous avons eu la plaisir de la rencontrer afin d’en apprendre davantage sur son parcours de jeune professionnelle.

Graduée de la MGP, peux-tu nous parler de ton parcours professionnel ?

« Dans le cadre du premier stage à la MGP, je voulais absolument aller au Cirque du Soleil et j’ai réussi à faire mon premier stage là-bas. J’étais dans un département qui n’existe plus aujourd’hui qui faisait du conseil en gestion de projet ainsi que de la gestion du changement. C’était très intéressant de voir la gestion de projet au sein d’une grande entreprise reconnue pour sa créativité et son innovation. D’ailleurs, au moment de chercher mon premier stage, j’avais aussi approché le Quartier des spectacles. Ainsi, lorsqu’il était le moment de chercher un deuxième stage, j’ai recontacté le Quartier des spectacles et j’ai été embauchée dans l’équipe de programmation. Mon mandat était de réorganiser la gestion de projet au sein de l’entreprise. Plus concrètement, je devais, par exemple, « mapper » les processus puisqu’il n’y avait pas nécessairement de méthode de travail en gestion de projet. Pas que ça ne fonctionnait pas, ça fonctionnait très bien, mais pourquoi ne pas améliorer ses façons de faire ? Après mon stage, j’ai continué au Quartier des spectacles à la programmation avec un poste à double vocation soit en tant qu’adjointe à la direction et gestionnaire de projet. Il faut dire qu’il n’y avait pas et qu’il n’y a toujours pas de chargé de projet tel qu’appris à la MGP au QDS. Les projets sont gérés conjointement par les différentes équipes : programmation, communication, production et technologie. Bref, j’ai occupé mon poste à double chapeaux pendant 2 ans puis nous avons créé un poste à la production qui fait, en quelque sorte, office de gestionnaire de projet. Ça fait maintenant 7 ans que je suis au QDS ! »

À quoi ressemble le travail de gestionnaire de projet au QDS ?

« Concrètement, le Quartier des spectacles c’est de la gestion des espaces publics. Ainsi, en temps normaux, nous gérons l’espace encadré par les rues Sherbrooke et René-Lévesque ainsi que City Councillor à Saint-Hubert au centre-ville [de Montréal]. La spécialité de mon travail est la gestion des productions sur l’espace public. On ne fait pas vraiment de l’événementiel comme un festival. Nous sommes plutôt une salle de spectacle extérieure qui accueille les événements, les festivals. Nous offrons plusieurs services d’accompagnement. Ainsi, ce service s’effectue en tout temps en partenariat avec la Ville [de Montréal], par l’entremise du Bureau des festivals ou l’unité des événements publics. Dans mon cas, je suis chargée de projet pour la portion production ce qui équivaut, en langage « gestion de projet », aux phases de planification/faisabilité et de réalisation. Ainsi, je ne gère pas toutes les phases d’un projet, ce qui est parfois difficile. Pour les nouveaux projets, une nouvelle production, le projet passe d’abord en période de faisabilité. À cette étape, je suis responsable de prouver la faisabilité du projet. Je demande « est-ce que ça se peut ? ». Normalement, il y a un lieu qui est fixé et les balises me sont données. À partir de ça, je dépose un budget et il est approuvé ou non. Puis, on débute la phase de réalisation habituelle. »

Quel est ton rôle dans les projets ?

« À partir de la phase d’idéation du projet, il faut que je m’assure que les deux budgets soit celui de programmation qui réfère aux projets, et celui d’opérations, c’est-à-dire les projets récurrents, afin qu’ils soient en adéquation. Bien que je ne connaisse pas tout en technique, en opération et en technologies, mon rôle est de trouver des réponses aux problématiques liées à ces sujets. Je travaille avec un chef logistique, un coordonnateur logistique, un conseiller aux technologies et un directeur technique. Au final, nous sommes une équipe assez forte nous permettant d’avoir un regard réaliste sur la faisabilité d’un projet. Ainsi, la phase de faisabilité comprend la faisabilité technique, le budget, les risques, les ressources humaines nécessaires pour le projet, l’échéancier et la logistique. De cette manière, je dois déposer un cahier des charges au Bureau des festivals [et des Événements de la Ville de Montréal] qui me donne par la suite les dérogations concernant, par exemple, le son, la vente et l’affichage sur le site. En somme, j’occupe le rôle de la personne « terre-à-terre » dans l’équipe. Je dois pouvoir gérer les attentes au sein du QDS c’est-à-dire ce qui se peut et ce qui ne se peut pas dans le cadre du projet. Une fois l’analyse de faisabilité terminée, je la présente à la programmation et on passe au jalon « go/no-go » pour le projet. Si on obtient un « go », on organise une rencontre de démarrage et on essaie que la « porte de création soit fermée » ce qui signifie que l’on veut que la portée du projet soit définie de façon à ce que le budget ou l’échéancier soit respecté.  En somme, on veut que le projet soit ficelé. Après ça, je commence mes suivis de production, de budget, d’échéancier et aussi relatif au dépôt de cahier des charges. J’engage les ressources, si nécessaire, et je réalise les achats et la location. Rendu à ce moment-là, on entre dans la phase de production où on assure la réalisation de l’événement du montage au démontage. »

Quels sont les plus grandes difficultés que tu rencontres dans le cadre de ton travail, dans ce domaine en général ?

« Ici, c’est souvent le manque de temps en pré-production et en production qui représente mon principal enjeu. Sinon, mon rôle est de savoir gérer les attentes et de confirmer ou infirmer la faisabilité des projets : c’est d’assumer le rôle de la personne « terre-à-terre » dans un milieu créatif. Je brise parfois des bulles. Je dis souvent dans le cadre de mon travail d’utiliser la contrainte et de la transformer en quelque chose de positif. J’essaie, en fait, de montrer qu’il est possible de transformer le négatif en positif. »

Selon toi, qu’est-ce qui distingue la gestion de projet en production dans le milieu culturel que la gestion de projet en TI ou en ingénierie, par exemple ?

« C’est difficile pour moi de répondre puisque je n’ai pas travaillé dans ces milieux. Dans le milieu culturel, il y a certainement moins de cadres définis, il faut donc s’adapter aux différents milieux. À la base, je n’étais pas une fille de « prod ». Je ne connaissais pas le jargon, les façons de faire, le milieu culturel. J’ai eu ma période d’apprentissage et je crois que c’est la même chose pour chaque milieu. Rien n’est impossible. »

Quel sont tes conseils à un ou une étudiant.e en gestion de projet qui désireraient travailler dans le domaine de la production et dans le milieu culturel ?

« Mon conseil serait de faire comme un peu comme j’ai fait : je ne me suis pas arrêté à ce qu’il y avait d’afficher sur les offres de stage de l’école. J’ai « défoncé des portes », j’ai parlé aux gens et tenté de créer des occasions pour les rencontrer. Je dirais aussi de ne pas s’arrêter à l’existant et d’essayer de vendre, de faire connaître la MGP aux domaines qui ne connaissent pas la maîtrise. »

Auteur: Alexandra Marin

Collaboratrice: Élodie Chateauvert

Graphisme: Valérie Delvoye