Le savoir-être en gestion de projet

Professionnel vibrant, expert en savoir-être, créateur de l’approche des « 3 savoirs® », coach stratégique relationnel, thérapeute, conférencier et entrepreneur, David-Alexandre Paquette compte plus de 15 ans d’expérience en gestion de bureau de projet (PMO), en gestion de projet, en Agile et en gestion de changement dans de multiples domaines d’affaires. Nous avons eu la chance de le rencontrer afin d’en apprendre davantage sur son parcours professionnel impressionnant et comprendre ce qui a motivé les avenues diversifiées qu’il a empruntées au cours de ce dernier.

Parle-nous de ton parcours académique.

J’ai commencé mon parcours en informatique avec une technique en informatique puis un baccalauréat en génie logiciel à l’UQAM. À la fin du baccalauréat, j’ai voulu poursuivre mon parcours et acquérir des compétences en gestion de projet au niveau maîtrise à l’ÉTS [L’École de technologie supérieure de l’Université du Québec]. Avide de nouveaux défis, j’ai décidé d’aller plus loin en débutant un doctorat en génie logiciel ayant pour sujet l’Analyse critique de la norme ISO/CEI 90003:2004 dans le cadre d’une certification d’un système de gestion de la qualité axé sur le domaine de l’ingénierie du logiciel. En explorant ce sujet, j’ai pris conscience de l’aspect et de l’impact majeur des personnes en milieu professionnel. Je ne savais pas, à cette époque, que ça s’appelait du savoir-être. En cours d’écriture, j’ai vu que je bifurquais de plus en plus vers le côté psychologique et que je m’éloignais de la vision du département d’ingénierie. Même si j’ai mis ce projet en pause, je garde toujours en tête l’idée de faire un doctorat portant sur la perspective psychologique.

Qu’en est-il de ton parcours professionnel ?

Sur le plan du travail, j’ai commencé comme soutien informatique, ensuite développeur, analyste informatique, architecte informatique, gestionnaire de projet et gestionnaire de programme. Plus tard, j’ai atteint des postes de direction, dont le poste de gestionnaire de bureau de projet dans une grande entreprise avec environ 50 gestionnaires de projet sous mon aile, en étant le plus jeune de l’équipe. L’essentiel de mon travail était d’écouter activement, de guider et de poser des questions pour comprendre les problématiques vécues par les gestionnaires de projet. Les demandes critiques des 50 gestionnaires étaient de l’aide et de l’assistance sur des aspects de savoir-être bien plus que sur la mécanique de gestion de projet. C’est là où j’ai pris conscience qu’il me manquait des outils pratiques en psychologie. Je me sentais démuni face à ce manque de ressources. Pour aider les autres, il faut s’aider soi-même. Je suis donc allé chercher une formation de thérapeute en relation d’aide basée sur l’approche non directive créatrice (ANDC)MD au Centre de relation d’aide de Montréal où j’ai suivi une formation complète de 3 ans pour devenir TRA, thérapeute en relation d’aideMD.

L’approche non directive créatrice (ANDC)MD créée par Colette Portelance s’inscrit dans la psychologie non directive de Carl Rogers. C’est une approche relationnelle et professionnelle de nature affective. Elle favorise le développement de l’amour de soi, du respect de soi et de la confiance en soi. Ceci implique, comme thérapeute, de faire une écoute active et de refléter à la personne ses propos sans directivité. Aussi, cela veut dire d’apprendre à se connaître pour être outillé à aider les autres. Cette formation m’a permis d’être en mesure d’accompagner les gens sans m’oublier là-dedans et de jouer le rôle du sauveur, car ça, c’est de la prise en charge. Malheureusement, en contexte de projet, c’est souvent ce qui peut mener à l’épuisement professionnel de celui qui aide.

Je me suis rendu compte que j’adorais cette approche, mais qu’il me manquait le côté plus pragmatique avec l’établissement d’objectifs pour atteindre un but ce qui se rapproche, en fait, du concept de projet. C’est pourquoi je suis allé chercher une autre approche qui est le coaching professionnel. J’ai suivi une formation d’un an à l’Université Concordia comme Professional & Personal Coach et j’ai ensuite passé ma certification de coach certifiée ACC par l’International Coach Federation (ICF), un organisme qui chapeaute et s’assure de favoriser la certification des coachs et d’encourager des normes éthiques élevées dans la pratique du coaching. Le type de coaching privilégié par l’ICF est le coaching par objectif. C’est un processus de réflexion et de créativité réalisé en partenariat avec une personne pour l’inspirer à maximiser son potentiel personnel et professionnel.

Je trouvais important d’avoir cette formation puisque fonctionner par objectif et sous-objectifs est très similaire à un plan de projet et cela interpelle beaucoup les gestionnaires de projet. Grâce à cette formation, je me sens plus outillé pour les aider. Selon moi, la gestion de projet est un milieu qui a un grand besoin au niveau du savoir-être. Cette croyance profonde du pouvoir du savoir-être comme facteur de succès des projets m’a amené à créer mon entreprise Industrious Geek, spécialisée dans le savoir-être en gestion de projet.

Qu’est-ce que le savoir-être en gestion de projet ?

Lorsque je parle de savoir-être, qui englobe les compétences relationnelles et l’intelligence émotionnelle, je parle de nos comportements. Lorsqu’on travaille en relation avec les gens dans le cadre d’un projet, il peut y avoir des échanges, de la joie des rires, mais aussi de l’animosité et de la colère. Il peut y avoir aussi des perceptions différentes sur un même sujet. Alors, comment le gestionnaire de projet peut-il être un leader en étant à la fois à l’écoute de soi-même et des autres, tout en gardant les pieds sur terre sans s’énerver ? Quand on s’énerve, c’est qu’on perd notre pouvoir et qu’il y a un besoin qui n’est pas comblé. C’est justement mon objectif : aider et outiller le gestionnaire de projet afin qu’il comprenne ses réactions et qu’il soit à l’écoute de ses besoins fondamentaux pour qu’il prenne des décisions qui vont combler ses besoins. Il s’agit aussi de prendre conscience des perceptions qu’il peut avoir. Tout cela nécessite de revenir à soi et de comprendre ce que nous ressentons et ce que nous percevons pour comprendre des situations qui déclenchent des émotions. Il s’agit de jongler avec ces comportements qui touchent les sphères de l’intelligence émotionnelle et des compétences relationnelles. Le gestionnaire de projet est un leader qui se doit de développer et gérer ces deux sphères pour réussir son travail. Mon objectif est d’amener cette considération dans la gestion de projet. D’ailleurs, je porte ce flambeau avec fierté en m’impliquant au PMI-Montréal qui est sensibilisé au savoir-être et à son impact en gestion de projet. Je travaille afin que ce message puisse, un jour, mener à la création d’un chapitre sur le savoir-être dans le PMBoK.

Comment s’acquiert le savoir-être ?

Le savoir-être, ce n’est pas quelque chose qu’on obtient, spontanément, c’est quelque chose que l’on développe par la pratique et la persévérance. C’est comme la course : on ne va pas courir un dix kilomètres la première fois. On commence avec un kilomètre et ainsi de suite. Ensuite, il faut persévérer et continuer par de bonnes habitudes et de la pratique pour maintenir notre dix kilomètres. Le savoir-être, c’est un travail sur soi qu’on réalise pour mieux se connaître et qui dure toute notre vie. Cela peut se faire par la thérapie, le coaching, par la méditation ou de toutes sortes de manières. L’objectif est d’apprendre à observer nos comportements et de comprendre ce que sous-tendent ses comportements. Au fil du temps, certains gestionnaires de projet ont développé d’excellents mécanismes de défense pour bloquer leurs émotions, dans le cadre de leur travail. C’est un mécanisme de défense que l’on utilise pour survivre mais, à la longue, ce mécanisme devient une prison. Il faut le transformer en mécanisme de protection par lequel on écoute et on exprime ses émotions. Il y a plusieurs avenues à ces mécanismes, mais ça commence par la compréhension et l’écoute de soi. Le problème, ce n’est pas les autres, la solution c’est soi-même. En fait, une fois qu’on se comprend mieux, on peut mieux accueillir les autres. C’est comme les consignes de sécurité dans les avions, pour aider les autres, il faut s’aider soi-même avant !

Tu as développé l’approche des trois pas vers soi : quelle est-elle ?

La méthode des « trois pas vers soi »MD que j’ai créée est une approche très pragmatique et claire qui permet d’amener des personnes et des équipes à développer leur plein potentiel créateur de manière efficace et efficiente avec le savoir-être. Elle consiste en trois étapes :

Le premier pas est Le retour sur soi
Il s’agit de deux actions simples. Premièrement, de s’arrêter. Deuxièmement, de respirer. Ça peut sembler simpliste, mais ces gestes aident à remettre les choses en perspective. Ceci permet un retour au moment présent, ce moment où l’on reprend le pouvoir.

Le second pas est L’écoute de soi
Ici, il s’agit de, premièrement, d’accueillir ses pensées, ses émotions, ses interprétations, ses suppositions et ses sensations physiques dans l’ici maintenant. Deuxièmement, ressentir, sans jugement ou critique vers soi-même.

C’est de prendre conscience de ce qui dérange dans une situation donnée : qu’est-ce que ça te fait vivre ? Pourquoi ? C’est à partir de là qu’il faut approfondir et comprendre ce que l’on ressent. Ça implique d’être capable de focaliser son attention sur une chose à la fois dans l’ici maintenant et d’avoir un meilleur contrôle.

Le troisième pas est La dynamisation de soi
Il faut, d’abord, reconnaître ce qui est l’élément déclencheur. Par la suite, décider et prendre action. En somme, qu’est-ce qu’on peut faire pour que la situation s’améliore ? À cette étape, il faut toujours se rappeler que la problématique part de soi et de notre perception. L’extérieur est un déclencheur et non la raison de notre comportement. Cette réflexion nous amène à formuler notre réponse à la situation. Ici, l’utilisation du « tu » qui tue, n’est pas de mise. Il faut exprimer sa compréhension personnelle de la situation pour que le message passe en parlant de ce que l’on vit personnellement. Il s’agit de reprendre son pouvoir sur moi par l’acceptation, l’affirmation ou la validation.

Où est la balance, où est la place du savoir-être en gestion de projet ?

La place du savoir-être va de pair avec l’authenticité et le leadership. C’est un point assez sensible pour certains gestionnaires de projet. Par exemple, si dans le cadre de ton travail tu réalises qu’il y a certaines aptitudes de savoir-être qui te manquent, il faut avoir l’humilité de lever la main et de demander de l’aide. Ça ne fait pas de toi quelqu’un de mauvais ou de moins bon, mais quelqu’un qui a besoin d’aide et qui veut s’améliorer. Le savoir-être, en partant de soi, permet de se connaître et de connaître ses limites. C’est une délicate balance entre ses besoins et ceux des autres. Pour coexister au sein d’une équipe projet, il faut jauger et écouter ce que l’on vit en partant de soi et non des autres. Un autre exemple que je soulève souvent aux gestionnaires de projet peut être aussi trivial que de prendre conscience, dans une rencontre, que tu ne respires plus, car tu vis un stress. Dans ce cas précis, il s’agit donc de prendre conscience que tu as le souffle court et te questionner sur le pourquoi soit le déclencheur. Est-ce lorsque l’on te réduit ton délai pour le projet ? Le corps et les émotions sont des indicateurs de stress et il faut apprendre à savoir reconnaître ces signes. Ces stress se rattachent beaucoup à nos peurs : la peur de perdre son emploi ou de ne pas réussir. La clé est d’apprivoiser ses peurs et de comprendre ce qui les fait s’activer pour reprendre son pouvoir vers la recherche de solutions.

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Entrevue : Alexandra Marin et Élodie Chateauvert

Rédaction : Alexandra Marin