À la croisée de deux univers : regard sur la gestion de projet dans le monde du jeu vidéo

Le monde des jeux vidéo en est un passionnant et en constante évolution notamment dû à l’émergence de nouveaux joueurs. Un des leaders dans ce monde est incontestablement Ubisoft, entreprise française de développement, d’édition et de distribution de jeux vidéo créée en 1986, et qui est derrière plusieurs jeux qui ont marqué l’histoire du gaming dont Far Cry et Assassin’s Creed. Ubisoft est dorénavant implantée partout dans le monde, dont à Montréal, qui constitue son plus important studio de développement de jeux. Nous avons eu l’occasion de rencontrer Marie-Pier Corriveau, graduée de la MGP, qui travaille chez Ubisoft afin de découvrir en quoi consiste le travail de gestionnaire de projet dans le monde du jeux vidéo. 

Graduée de la MGP, peux-tu nous parler de ton parcours scolaire et professionnel ?

« La MGP, ça a été un total hasard de la vie. Je ne connaissais pas l’existence de la gestion de projet avant d’étudier en gestion de projet. Avant la maîtrise, j’ai étudié à [l’université] Bishop en Beaux Arts. Lors de ce cursus, je suis allée chercher des cours de gestion. Je n’avais pas envie d’enseigner ni de travailler dans un musée ou de percer en tant d’artiste. J’avais trouvé très intéressant un cours d’introduction à la gestion des arts et je me suis dit que si j’étais capable de parler le langage des artistes, il serait intéressant d’aller me chercher un profil de gestion pour communiquer au milieu de la gestion le monde des arts. En fait, je dirais que ce sont deux milieux très scindés. J’avais envie de poursuivre cette avenue, mais je ne savais pas quelle direction prendre. Comme je le disais plus tôt, ça a été un pur hasard puisque j’ai rencontré, au moment où il fallait faire les demandes d’inscription à la maîtrise, une finissante de la MGP dans un party. On s’est parlées et elle m’a dit que j’avais le profil parfait pour faire de la gestion de projet. Je me demandais réellement comment elle pouvait voir cela et elle m’a dit : « peu importe ton background, la gestion de projet consiste à appliquer la gestion à n’importe quel domaine ». C’était très simplement expliqué, mais c’est vrai que la gestion de projet peut s’appliquer partout, tout le temps. En lisant la description de la maîtrise sur le site internet, j’ai trouvé ça très intéressant et je me suis dit « pourquoi ne pas essayer ? ». Au final, j’ai adoré, j’ai réellement aimé. Le programme permet de tisser des liens forts avec les gens qui deviendront ton réseau professionnel un peu plus tard. Sinon, dans le cadre de la maîtrise, j’ai réalisé mes deux stages au Ministère de l’immigration, de la diversité et de l’inclusion (MIDI). En fait, j’ai fait mon premier stage là-bas et je suis restée à l’emploi entre le premier stage et le deuxième. Je n’ai jamais arrêté de travailler pour le MIDI lors de la maîtrise. »

Qu’est-ce qui t’a amenée chez Ubisoft ? 

« Tout simplement en discutant avec des amis de la maîtrise qui travaillaient chez Ubisoft. Je leur avais parlé de ce que je cherchais comme environnement de travail et les défis que je voulais relever en tant que gestionnaire de projet. Je voulais plus d’agilité et moins de lenteur. Ces derniers m’ont confirmé que je pourrais m’y plaire chez Ubisoft puisque ça ressemblait à ce que je cherchais. Peu de temps après, il m’ont informés qu’un poste avait été créé. J’ai appliqué sur le poste et j’ai eu le travail. »

Avais-tu une connaissance approfondie des jeux vidéo lorsque tu as été embauchée ? 

« Pas du tout. En fait, ce n’est pas grave de ne pas tout connaître sur les jeux vidéos. Il faut que ça t’intéresse. Si ça ne t’intéresse pas, tu vas trouver le temps long. Il faut que tu aies un intérêt qui te pousse à comprendre les jeux, le gameplay et même tester les jeux. Il faut aussi que tu te familiarises avec le milieu, au marché et aux compétiteurs. Peu importe quel est l’environnement de travail, c’est primordial de s’intéresser à son milieu, mais surtout d’avoir un intérêt pour la compagnie pour laquelle tu travailles. C’est d’ailleurs cela qui m’a amenée chez Ubisoft. Ce n’est pas tant le jeu vidéo que le côté créatif de l’entreprise. Venant d’un milieu créatif, c’est ce qui constituait une réelle valeur ajoutée pour moi. Avant mon embauche, je m’en étais informée et après 5 ans de travail au sein de l’entreprise, je peux le confirmer : Ubisoft est une compagnie qui met au centre de ses priorités l’employé et la créativité. La compagnie est consciente que l’employé est sa plus grande richesse et cela se répercute sur la façon dont elle est gérée : nouvelles mesures incitatives à chaque année pour les employés comme une clinique ou une garderie aux bureaux, fêtes pour les employés, sondages de satisfaction sur la stratégie, etc. Il faut que les valeurs de l’entreprise soient compatibles avec les tiennes. » 

Sur quel type de projet travailles-tu ? 

« Le studio de Montréal, c’est le plus grand studio de développement de jeux vidéo d’Ubisoft. C’est ici que l’on développe les gros blockbusters : Assassin’s Creed, For Honor, etc. À Montréal, il y a la branche studio et il y a la branche TI, qui elle est internationale. C’est pour cette branche que je travaille, sous la division Amériques. Aux TI, nos clients sont principalement les studios. Nous offrons entre autres des services pour supporter le développement et l’hébergement des jeux vidéo. Un des mandats que j’ai eus, par exemple, était de mettre en place les infrastructures technologiques permettant la collaboration entre Ubisoft et ses partenaires externes, l’objectif étant de reproduire l’environnement TI du studio Ubisoft chez son partenaire afin de favoriser la collaboration. Puisqu’il y avait plusieurs besoins chez les studios, mon rôle était de mettre en place une structure de gouvernance et les processus associés, afin de permettre aux équipes de mener les projets à terme dans les délais prescrits. Les partenariats étant gérés contractuellement, la date de livraison était la contrainte la plus importante puisque tout retard de livraison empêchait les équipes de travailler. Dans ce contexte, mon défi était d’organiser la gouvernance pour y parvenir. Ceci implique aussi qu’il y avait à la fois un volet projet, mais aussi opérationnel à mon mandat. »

Le monde des jeux vidéo est un environnement principalement masculin. Quels seraient tes conseils à une étudiante en gestion de projet qui travaillera dans un domaine principalement masculin.

« En tant que femme, honnêtement, je n’ai jamais ressenti que j’étais discriminée. Je ne suis pas en train de dire que ça n’existe pas: les statistiques parlent d’elles-même. Je pense cependant que l’on se met nous-même  certaines barrières. Tu peux te limiter pour plusieurs raisons autres que le fait que tu sois une femme dans ton travail. Dans mon cas, ça a davantage été le manque de connaissance technique que j’ai ressenti comme un frein. Comme n’importe quoi, avec le temps, j’ai développé une bonne connaissance du milieu, sans être une experte. Un conseil pour les femmes dans un environnement plus masculin serait d’assumer à fond ses forces, ne pas se laisser intimider, et surtout ne pas négliger les soft skills. Il est important d’approfondir ces habiletés plus “soft” si ce n’est pas une force naturelle. Pour réussir comme gestionnaire de projet, il faut toujours se rappeler que la plus grande richesse d’un projet, ça restera toujours l’humain qui le réalise.»

Auteur: Alexandra Marin

Collaboratrice: Ariane Le Roux

Graphisme: Valérie Delvoye