La gestion de projet en milieu informatique

Nombreux sont les gestionnaires de projet issues d’une branche spécifique qui se sont orientés vers la gestion dans le but de compléter leur parcours initial. Gwendal Prud’hom, gestionnaire de projet chez Thales, a accepté de nous parler de son expérience et de comment il a pu mêler sa spécialité à la gestion de projet.

Ton parcours universitaire mêle deux domaines très différents et pouvant pourtant se compléter, peux-tu nous décrire ce parcours ?

J’ai étudié à l’EXIA de Saint-Nazaire en France, une école qui mêle informatique et gestion de projet, d’ailleurs en partenariat avec l’UQAM. Mon parcours s’est composé de 4 ans d’informatique dont 2 ans d’enseignement plus général et 2 ans de programmation puis 1 an de gestion de projet basé sur les méthodes du PMI. Je n’ai pas passé la certification mais j’ai appris l’essentiel de la gestion de projet. A la fin toute la promo avait donc un bagage théorique. La difficulté est alors de trouver un stage en gestion de projet. Sur la promotion de 15 étudiants, j’ai été le seul à aller directement en gestion de projet, les autres se sont tournés vers des métiers techniques : développeurs logiciels, administrateurs systèmes et réseaux .

3 facteurs expliquent cela : le premier c’est la volonté : J’ai tout fait pour trouver mon stage de fin d’étude directement en gestion de projet. Par la suite, j’ai refusé toutes les offres d’embauches pour des postes techniques, je voulais réellement être gestionnaire de projet. Le second facteur est la compétence, j’ai beaucoup appris à l’EXIA, j’ai lu énormément de théorie sur la gestion de projet, et je me suis donner les moyens de mettre ces connaissances en pratique lors de mon stage. J’ai pu alors prouver mes qualités à mes tuteurs qui ont donc accepté de m’orienter directement vers des fonctions de chef de projet. Le dernier facteur est bien sûr le facteur chance, il s’est avéré qu’un poste s’est libéré au moment où je finissais mon stage et j’ai pu être embauché comme gestionnaire de projet directement, malgré mon jeune age (22 ans).

As-tu choisi ce parcours atypique dans le but principal d’être gestionnaire de projet ou de travailler dans le milieu de l’informatique ?

Au début j’étais attiré par l’informatique mais après je me suis rendu compte que la gestion de projet m’intéressait bien plus. Travailler dans un autre milieu comme l’aéronautique, la pharmaceutique ou n’importe quel autre domaine pourrait également m’intéresser mais mes compétences en informatique me facilitent actuellement mon travail.

Penses-tu que l’informatique soit un domaine mature en gestion de projet ?

On a des méthodes de projet bien implantées. Dans mon entreprise, sur les projets d’infra, les “anciennes méthodes” sont encore très utilisées mais on se tourne actuellement de plus en plus vers l’agilité. On étudie et on implante ces méthodes en regardant notamment ce qui peut se faire ailleurs. Nous travaillons en sprint et avec des scrum masters sur certains sujets. Le Lean est également appliquée dans toutes les parties approvisionnement mais pas dans les projets informatiques de taille moyenne. Thales à son propre référentiel de gestion de projet et préfère les certifications IPMA à celles du PMI.

Selon-toi quels sont les atouts les plus important d’un gestionnaire de projet de manière générale puis, plus spécifiquement, dans le milieu de l’informatique ?

Je vois deux atouts principaux : tout d’abord une bonne maîtrise des compétences techniques en gestion de projet : tout ce que l’on va apprendre pendant nos études et au cours de notre vie de chef de projet comme le vocabulaire, les méthodologies, comment communiquer avec les chefs de projets, comment gérer les coûts ou encore l’échéancier… On pourrait également citer les outils, les gantt, les perts etc.. Bien sûr, dans le milieu de l’informatique, il faut ajouter un léger bagage technique propre au milieu pour comprendre ses sujets. Et de l’autre côté on a les “Soft-skills” comme le leadership, la communication, la résistance au stress, la gestion de conflit… Toutes ne sont pas des compétences innées, elles peuvent se travailler et cela ne doit pas être un frein pour les aspirants chefs de projet.

Tu es désormais gestionnaire de projet chez Thales, peux-tu nous décrire ton poste et tes responsabilités ?

Pour mon premier poste j’étais au CEA, le Commissariat à l’Énergie atomique et aux Énergies alternatives. Je gérais des projets d’infogérance avec l’implantation de nouveaux serveurs, nouveaux services et nouvelles applications. Ces dernières sont relatives à l’entreprise comme la gestion de la paye ou des ressources humaines mais peuvent aussi être des applications externes relatives au milieu du nucléaire. En plus de ça j’étais également responsable de la gestion des changements au sens ITIL du terme.

Je travaille désormais pour le ministère de la santé et le ministère du travail. Je gère un portefeuilles de projets d’infogérance et je pilote en direct deux chefs de projets junior. On met en place pour le client tout ce qui est informatique et téléphonie mobile. Actuellement ,, je coordonne, entre autres, la mise en place de téléphones portables sécurisés pour les cabinets des ministres. Pour ce genre de projet je m’appuie sur un architecte technique, bien meilleur que moi sur la technique.

Quels sont les spécificités en gestion de projet d’une entreprise comme Thales, quel type de structure, méthodes et outils sont utilisés ?

On est plutôt dans une structure matricielle avec plusieurs chefs de projet qui travaillent avec des ingénieurs techniques qui ont eux-même un chef technique. À mon niveau je ne fais pas encore d’agilité par exemple. La méthode que j’utilise est une méthode que j’ai peaufinée par moi-même. Je privilégie beaucoup le feedback et l’implication de l’équipe au travers, notamment, d’explication des objectifs et de valorisation des succès lors de points hebdomadaires, cela permet de fédérer les parties prenantes autour d’un but commun. En terme d’outil j’utilise beaucoup les gantt, les rapports quotidiens de mes équipes présentant les différentes actions effectuées et un outil “maison” de suivi de mon portefeuille projet.

Quels ont été les plus grandes difficultés que tu as rencontré au début ? Penses-tu que tes acquis en gestion de projet t’ont aidé à les surmonter ?

La plus grosse difficulté était le choc des cultures au début. J’ai dû m’imposer à 22 ans avec des personnes d’un autre génération, certains très résistants au changement. Il m’est arrivé au début de demander : “J’aimerai que le serveur soit installé pour mardi prochain” et que l’on me réponde simplement “non” (rires). Il faut acquérir la confiance de tout le monde, le client, la hiérarchie puis surtout, les parties prenantes experts techniques. En demandant l’avis autour de moi j’ai pu croiser les sources pour connaître mieux le travail de chacun et donc connaître exactement leurs tâches et les efforts requis pour les accomplir. La clé est la communication auprès des équipes. Les soft-skills sont les compétences les plus importantes, le reste sont des outils pour s’améliorer mais l’essentiel est basé sur la communication, le leadership et l’esprit d’équipe.

De nombreux étudiants se lancent en gestion de projet pour compléter un parcours et donc mêler, eux aussi, la gestion de projet à un domaine qui leur tient à coeur. Quel conseil pourrais-tu leur donner ?

Le conseil que je peux donner est de ne pas se mettre de freins. Tout le monde peut être chef de projet quel que soit son âge. Il faut savoir discuter avec les gens, ne pas avoir peur de gerer des conflit et gérer de l’humain :un projet, ce n’est pas gérer de la technique mais gérer de l’humain, mais ces capacités peuvent s’acquérir. La volonté est vraiment le point de départ le plus important.