Éliane Fortin-Burns, une gestionnaire dans le domaine du communautaire

Crédit : Mélanie Thériault (Melphotographie) via Voltaic Photo

Aider les autres, donner de soi et servir les communautés, sont des actions qui sont inhérentes au domaine communautaire. Conceptualisé par la philosophie et les théories de l’intervention, le communautaire est un milieu extrêmement important pour la considération citoyenne et le bon vivre ensemble. Éliane Fortin-Burns, ancienne étudiante à la maîtrise en gestion de projet à l’ESG UQAM, officie dans ce domaine. Nous avons eu la chance de la rencontrer afin d’en apprendre plus sur le quotidien d’une jeune gestionnaire, qui viens juste d’entrer en poste en tant qu’organisatrice communautaire au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. (NDLR Au moment de l’article, Éliane Fortin-Burns officiait toujours au sein de l’organisation Bâtir son quartier)

Tu as commencé tes études à l’université en psychoéducation. Pourquoi avoir choisi ce programme ?

Chaque personne arrive à un stade de sa vie où elle chemine avec sa définition professionnelle. À l’époque j’avais vraiment de l’intérêt pour l’aide et je voulais faire la différence pour les jeunes, je me retrouvais dans la philosophie de l’intervention. Cependant, plus j’avançais dans ma formation, plus j’avais des préoccupations plus vastes que l’individu que je pouvais aider dans un contexte d’intervention. Je me demandais comment je pouvais faire pour avoir cet impact social sur un plus grand nombre de personnes.

Pourquoi avoir choisi la Maîtrise ?

J’avais expérimenté la coordination des opérations courantes au sein du Centre de Psycho-Éducation du Québec. Donc j’étais souvent confrontée aux mêmes activités au jour le jour. Avec le temps, le volet créatif et réflexif me manquait. Ce que j’aime vraiment dans la gestion de projet, c’est de réfléchir à une situation, une problématique ou une opportunité et de tenter d’y trouver une solution, un projet ! Je suis très axé sur l’aspect conception. Donc je me suis informé, je suis allé à des portes ouvertes. Je ne connaissais pas le monde de la gestion de projet, il fallait donc que je fasse mes devoirs et voir si c’était vraiment ça qui me plaisait.

Lorsque l’on suit ton parcours, on remarque tout de suite que tu es très tournée vers le communautaire et le service au citoyen. As-tu toujours eu cette fibre sociale en toi ?

Oui probablement (Rire) ! C’est très ancré en moi, j’avais une amie à la Maîtrise qui me disait « Dis-moi Éliane, pourquoi tu fais tout ça ? » puis je ne voyais pas d’autres explications que de lui dire « Il faut le faire ! » (Rire). J’ai ce sentiment de redevabilité à la communauté, puis j’ai des parents et grands-parents qui m’ont inspiré dans ce sens ! Lorsque l’on a cette occasion d’aider les gens, je ne pense pas que l’on puisse effectuer de retour en arrière !

Tu as travaillé pour un bon nombre d’organismes différents, as-tu toujours réussi à mettre en place tes compétences en gestion de projet ?

Bonne question ! Ma première expérience pour mon premier stage, je l’ai faite pour une épicerie communautaire. C’était une belle occasion de voir si je pouvais appliquer ce que j’apprenais. Je le répète souvent dernièrement, mais les grands principes que l’on apprend à la Maîtrise sont applicables partout. Le principe de comprendre ton client s’applique autant dans le milieu corporatif que communautaire. Est-ce que tu vas faire un Ms Project super détaillé avec un organisme communautaire ? Non. Ce n’est pas à eux de s’adapter à ton monde, mais à toi d’aller dans le monde dans lequel ils sont tout en développant des outils maison, moins arides, moins compliqués, mais tout aussi efficaces !

Tu as été également formatrice au centre de Psychoéducation du Québec, ces apprentissages ont-ils été utiles dans le milieu de la gestion de projet ?

Vulgariser un contenu, susciter l’intérêt, prendre la parole sont des choses que l’on doit appliquer en gestion de projet. Aujourd’hui ce que je fais, c’est de la vulgarisation, j’accompagne la personne dans son cheminement vers la finalité de son projet. Ça m’a permis d’acquérir une aisance à l’orale, je ne suis pas très stressée de faire une conférence (Rire).

Tu as travaillé comme chargée de projet à « Bâtir son quartier », comment fonctionne cette entreprise sociale ?

Bâtir son quartier, à la base, c’est une entreprise d’économie sociale. C’est un organisme à but non lucratif dont l’objectif principal, de nature sociale, est de faire une différence au niveau des communautés qu’il accompagne. L’organisation réalise des projets pour créer des milieux de vie solidaires permettant aux communautés de s’approprier leur endroit de logement via la création d’OBNL ou de coopératives d’habitation. L’objectif est de mettre à disposition des espaces locatifs accessibles pour les citoyens et citoyennes ayant de plus faibles revenus et/ou ayant des problématiques de vie qui les empêchent d’aller dans des habitations dites « classiques », par exemple des gens ayant des troubles de santé mentale, ou vivant en situation d’itinérance, etc… C’est une forme de projet qui place davantage l’utilisateur au centre du processus.

Que t’as apporté personnellement cette organisation ?

Les projets de Bâtir son quartier sont d’une complexité politique comme j’ai rarement observé ! Ça m’as apporté beaucoup de résilience. Ce sont des projets semés d’embûche avec un nombre incalculable de parties prenantes. Je n’avais jamais vraiment expérimenté cela comme projet, c’est un pur travail d’équilibriste de manœuvrer au sein de toute ces acteurs.

… Mais c’est motivant !

Oui c’est motivant, il y a un volet militant ! Ce n’est pas juste de la gestion de projet pure et dure, il faut que tu te confrontes à des systèmes façonnés, il faut constamment se battre pour aller chercher l’information que tu veux, le « ok » dont tu as besoin. Puis le côté humain est important !

Personnellement, que t’as apporté cette Maîtrise ?

Ce programme m’a permis de lire les choses de façon différente. De plus cela m’a apporté les grands principes de gestion de projet. Cette Maîtrise rassemble un collectif de personnes très hétérogènes, ce qui est une grande force. On a ici une énergie commune avec des valeurs partagées et, malgré que certains objectifs divergent, cette diversité est une réelle force. Lors de notre intégration, on nous avait surtout présenté la maîtrise sous son axe de travail intense lors de la première session et la claque dans la face que cela représente. Mais une claque dans la face partagée avec tout le monde ça passe mieux (Rire). C’est par cet esprit de famille qu’on a pu relever le défi de la maîtrise, ensemble !

Plusieurs étudiants de la MGP ont une réelle envie de s’orienter vers le communautaire, mais ont du mal à s’y retrouver avec toutes les grosses entreprises et structures qui gravitent autour de la Maîtrise. Le programme devrait-il mettre un peu plus l’accent sur les opportunités concernant ce domaine ?

Est-ce qu’on a trop d’exemples basés sur bombardier par exemple ? Peut-être et même si j’adorerais voir que la maitrise développe une partie communautaire et sociale il est clair que le communautaire n’est pas encore mature quant à la gestion de projet et n’y connait pas tout son potentiel. Le terrain n’est pas encore tout à fait prêt pour ça et les choses sont amenées à évoluer. Mais je n’ai jamais fait la Maîtrise en me disant que j’allais devenir spécialisée en communautaire, je souhaitais simplement apprendre. Alors je comprends les inquiétudes des étudiants qui cherchent à s’orienter dans ces milieux, mais je n’en veux pas à la Maîtrise de prendre ces parti pris, car le milieu qu’on étudie est celui où la gestion de projet se développe le plus et il y a quelque chose à y apprendre. Le changement devrait plutôt s’opérer au niveau des stages où la Maîtrise pourrait proposer plus de stages dans les milieux communautaires. Ainsi, ces stages permettraient de mieux faire connaître la gestion de projet dans le réseau communautaire pour que celui-ci puisse reconnaître la plus-valus que les gestionnaires de projets ont à apporter.

Un dernier conseil pour les étudiants qui veulent suivre une carrière dans le communautaire ?

Cela me fait vraiment plaisir que beaucoup de monde commence à s’y intéresser, car plus il y aura de monde plus il y aura un impact sur le milieu. Je constate cette évolution au sein de la Maîtrise notamment avec MGP-7180 (NDLR Cours du Séminaire d’application) où l’on commence à prendre en considération ce type de projet. Je pense notamment au cours de gestion de projet public qui ouvre les portes à ce type de besoin. Il faut conserver cette flamme-là. Si ce n’est pas par le biais d’un stage, s’impliquer à côté dans ce milieu fait avancer la cause et fait connaître la gestion de projet dans ce contexte. Si on s’applique avec cœur à partager ces outils, on va progresser vers ces possibilités.

 

Auteur : Luc Lambert