Haythem Abid : La gestion de projet au service du développement

Crédit photo: Alix Buck,  au camp de réfugiés Zaatari

La gestion de projet est un domaine d’expertise spécial, tant par son aspect abstrait que sa capacité à être présent dans nombre de secteurs d’activités. Dans notre volonté de mettre en lumière des profils de professionnels atypiques, nous avons eu la chance d’échanger avec Haythem Abid, actuellement conseiller en autonomisation économique des jeunes et des femmes en Jordanie pour le compte d’Oxfam Québec. Ce fut l’occasion d’en apprendre plus sur lui, son parcours et sur le quotidien d’un ancien étudiant de la Maîtrise en gestion de projet, évoluant aujourd’hui dans un contexte d’aide au développement.

Tu possèdes un parcours intéressant, pourrais-tu nous le décrire ?

Suite à mon Bac, en administration des affaires, j’ai travaillé dans le secteur privé avec Banque de Montréal (BMO) et je sentais que le modèle de coopérative faisait plus appel à mes valeurs, donc après ma Maîtrise en gestion de projet, j’ai joint l’équipe de la gestion de portefeuille de projets chez Desjardins. J’ai beaucoup appris durant ces expériences dans le secteur privé. J’ai pu mettre en pratique mes compétences en gestion de projet ainsi qu’améliorer mes habilités en soft skills. Je me suis aussi impliqué avec Changr qui fait la promotion de l’entrepreneuriat social chez les universitaires. J’ai ensuite participé à mon premier projet à international pour étudier et contribuer à des projets d’innovation sociale au Brésil dans le cadre du séminaire d’application MGP7180. Cette expérience fut révélatrice pour moi ; je savais maintenant que je voulais travailler en développement international.

Par conséquent, pourquoi avoir choisi la maîtrise en gestion de projet ?

Depuis mes cours de management au Bac en Admin, je voulais approfondir mes connaissances en gestion. Je cherchais une formation qui peut jumeler l’acquisition d’habiletés managériales ainsi que le développement d’une expérience pratique ; le profil coopératif de la MGP, étant le seul programme accrédité par le Global Accréditation Center du Project Management Institute (PMI), semblait être un choix judicieux, la formation est de haut calibre et les stages vont faciliter mon accès au marché du travail.

Personnellement, que t’as apportée cette maîtrise ?

Comme vous savez, chaque année il y a une forte demande sur ce programme, c’est un programme assez sélectif, alors j’ai eu la chance de côtoyer des personnes très intelligentes, ayant des expériences très riches et variées. Les échanges que nous avons eus durant nos travaux d’équipes étaient très enrichissants. La MGP a développé mon esprit critique et m’a doté d’un bon niveau de rigueur.

Lorsque l’on regarde ce parcours, on voit que tu as été très mobile, était-ce important pour toi de ne jamais rester à la même place ?

Je suis né et j’ai grandi dans trois pays différents, j’ai aussi fait deux séjours d’échange à l’étranger (Hong Kong puis Prague) ; ces expériences m’ont aidé à sortir de ma zone de confort, j’ai appris à vivre loin de chez moi et à m’intégrer à un nouvel environnement.

Être livré à soi-même dans une nouvelle culture m’a fait gagner en maturité. Ça m’a appris non seulement à mieux me connaître et être plus autonome, mais, aussi, à mieux comprendre certaines subtilités culturelles, ce qui m’a facilité la tâche de mieux me préparer pour travailler à l’international. Je pense que l’immersion culturelle est un élément clé dans l’apprentissage pour être en mesure de travailler à l’international.

Tu as eu des expériences différentes, était-ce une volonté de découvrir plusieurs postes ?

Je pense que le début d’une carrière est le moment propice pour s’essayer et savoir ce qu’on veut vraiment, il ne faut pas avoir peur d’explorer des pistes différentes afin de trouver le genre d’emploi qui allie entre nos aspirations, nos valeurs personnelles et nos compétences. Après, nous avons toute une carrière pour exceller dans ce que nous faisons ; je suis content là où je suis maintenant, être mobile m’a aidé à mieux me connaitre.

Tu travailles désormais pour Oxfam-Québec et tu es basé en Jordanie, pourquoi ce changement drastique dans ta carrière ?

Le poste que j’occupe maintenant combine entre mes connaissances en finance et en entrepreneuriat ainsi que mes compétences en gestion de projet. De plus, je parle l’arabe. Alors je pouvais voir facilement la valeur ajoutée que je peux apporter à mon organisation et notre équipe ici. Également, je trouvais que l’idée de faire ce mandat ici représentait un beau défi, vu que les enjeux socioculturels, politiques et les relations entre les femmes et les hommes sont bien différents qu’au Québec. Il y a une grande population de réfugiés palestiniens et syriens, ce qui ajoute à la complexité des dynamiques sociales et me permet d’apprendre et d’essayer de changer les choses.

En quoi consiste ton job ?

Je suis conseiller en autonomisation économique des jeunes et des femmes. Dans le cadre de mon poste, je propose et je développe des projets qui améliorent la santé financière des jeunes et des femmes vulnérables ( exemple les réfugiés syriens dans la région).
Actuellement, je gère un projet financé par Affaires Globales Canada , en collaboration avec un organisme sans but lucratif local, nous  travaillons sur la création d’un espace pour les jeunes marginalisés qui ont du talent et de la créativité pour qu’ils aient accès à un espace formatif, à des outils de travail, à des ateliers, etc. pour  être en mesure de fabriquer des produits et les commercialiser et nourrir leurs fibres entrepreneuriales.  Je dédie aussi, une partie de mon temps à la recherche pour identifier les barrières à surmonter pour que les femmes aient accès au marché du travail local. Plusieurs facteurs tels que le mariage précoce des jeunes filles et le harcèlement contribuent à complexifier leur présence dans cette sphère de la société. De plus, en collaboration avec Oxfam Québec en territoire occupé palestinien, nous développons un outil de travail sur l’entrepreneuriat social dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Ce document encourage, entre autres, les organisations partenaires à postuler sur des appels d’offres qui soutiennent les projets d’économie sociale.

Beaucoup de spécialistes se rejoignent sur le fait que les soft-skills importent plus que les hard-skills en gestion de projet à l’international, partages-tu cet avis ?

Être curieux et avoir une bonne compréhension du contexte local dans lequel le projet évolue est très important. C’est génial d’être expert dans ce que vous faites (expertise technique), mais si vous ne travaillez pas sur vos soft skills et soyez un joueur d’équipe flexible et apte de s’adapter aux changements, il sera difficile de survivre dans la scène de la gestion de projet international qui est en constante évolution.  Il faut mettre l’accent sur ces habiletés essentielles au succès du projet soit les habiletés de direction du travail en équipe multiculturelle (gestion des conflits, consolidations et directions d’équipe, gestion des réunions) ainsi que les habiletés reliées à la gestion du projet telles que les relations avec le bailleur de fonds, les autorités locales, etc. et la résolution des enjeux.

Pour toi, quel est le plus gros défi à relever lorsque l’on veut s’orienter vers le développement international ?

Trouver sa porte d’entrée ; ceci est le défi auquel j’ai dû faire face. Je pense que le fait de s’impliquer dans des OSBL locales peut aider, mais ce n’est pas assez, il faut envoyer son cv et aborder plusieurs organismes, avoir de l’expérience à l’étranger est un atout incontournable ! Je recommande à tous ceux qui s’intéresse à ce secteur d’aller voir les opportunités d’emploi ou de bénévolat partagés sur des sites tels que Oxfam Québec, Aqoci.qc.ca CCIC.ca et Reliefweb.com. Ce sont de bons sites pour commencer.