Vers la professionnalisation des acheteurs publics au Sénégal

Larbi Bennouna

Président directeur général de SETYM International, Montréal, Canada. Maîtrise en gestion de Projet, MBA et scolarité de PhD. en Système d’Information (ESG UQAM). Depuis 1993, de nombreuses missions d’assistance technique et de formation pour les projets de développement (Afrique, Asie et Amérique latine) financés par les bailleurs de fonds multilatéraux (Banque Mondiale, BAD, BID, etc.). Chargé de cours à la MGP, UQAM.


«La professionnalisation de la fonction d’acheteur public est l’une des voies pour diminuer les risques et les retombées négatives dans l’attribution de contrats.»

Les approvisionnements ou marchés publics constituent un domaine très délicat et sensible puisque, très souvent, les enjeux sont d’une telle envergure qu’ils impactent sur l’économie, le politique, le social et l’environnement. Le montant des contrats aiguise les appétits. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’elle apporte son lot de scandales financiers, révélés par la presse écrite ou les médias. Lorsqu’on analyse de près ces révélations, on constate, dans la majorité des cas, que les scandales sont liés au processus d’attribution de contrats : la passation de marchés.

La passation de marchés ou approvisionnement, est régie par des règles, des normes et procédures dont l’application revient, au final, aux individus. Le facteur humain joue un rôle capital car le processus ne peut être complètement automatisé. L’intervention humaine dans le processus ouvre la porte à toute sorte d’éventualités dans l’attribution du marché. Sans présumé de quoi que ce soit, la personne en charge peut, consciemment ou inconsciemment, volontairement ou involontairement, sous influence ou non, avec ou sans compétence, modifier la trajectoire d’un projet ou d’un organisme lors de l’acquisition de biens ou services ou dans la construction d’infrastructures. De plus, les conséquences sur la communauté peuvent être positives ou néfastes.

Afin de bien encadrer la fonction d’acheteur public et de s’assurer que les responsables des approvisionnements de l’État soient compétents, soient sensibilisés à l’éthique professionnelle et occupe le poste par mérite et non par d’autres considérations (ancienneté, appartenance politique, etc.), le gouvernement du Sénégal a décidé de professionnaliser ce métier. L’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP) à Dakar, qui a initié et pilote ce projet, a choisi l’accréditation en marchés publics : Manager Spécialiste en Passation de Marchés (MSPM). Cette accréditation est délivrée par l’ESG UQAM et SETYM International.

Une première cohorte a été complétée en août dernier. L’objectif de l’ARMP du Sénégal est d’atteindre une masse critique d’au moins 200 cadres accrédités. Le rythme des sessions va s’accélérer durant l’automne 2015 et s’échelonner sur le premier semestre de 2016. Cet effectif de fonctionnaires accrédités en passation de marchés, permettra aux autorités du Sénégal de procéder graduellement à la désignation des responsables des cellules ou entités chargées des approvisionnements dans les Ministères et les sociétés publiques.

La professionnalisation de la fonction d’acheteur public est l’une des voies pour diminuer les risques et les retombées négatives dans l’attribution de contrats. Le risque zéro n’existera jamais dans ce domaine en raison du facteur humain, incontournable. Cependant, il serait toujours judicieux et circonspect de veiller sur les acteurs du domaine. Une accréditation est limitée dans le temps et peut être retirée en tout temps, si le titulaire ne respecte pas les exigences de la profession.

Les projets en général et les projets de développement en particulier, bénéficient grandement lorsque la passation de marchés (approvisionnements) se fait selon les règles de l’art. Non seulement, les projets gagnent en efficience mais aussi les retombées économiques et sociales sont maximisées.

Un projet ou une institution dont le département des achats est performant, a plus de chance de succès. Le projet peut diminuer les délais de réalisation, s’assure de la qualité des acquisitions et évite les conflits dans la gestion des contrats et l’exécution des marchés.

Rédigé en Octobre 2015