Quand les drones viennent à la rescousse de l’action humanitaire

Aurore Dupain

Aurore Dupain détient un Master en linguistique de l’Université de Strasbourg (Fr) et est actuellement finissante à la Maîtrise en Gestion de Projet (ESG UQAM) -profil recherche. Ses intérêts de recherche portent sur l’innovation et le travail en équipe. Elle travaille actuellement en tant que coordonnatrice au sein de l’Observatoire Canadien sur les Crises et l’Action Humanitaire (OCCAH) affilié à l’ESG UQAM.

«Parmi les derniers outils technologiques utilisés par les organisations humanitaires, les véhicules aériens non habités (Unmanned Aerial Vehicle, UAVs en anglais) sont en tête des discussions sur les nouvelles pratiques.»

Avec un nombre de catastrophes et de conflits augmentant de manière significative ces 20 dernières années, le secteur de l’aide humanitaire nécessite, comme le secteur commercial, d’optimiser continuellement ses processus afin de faire face à la demande. Les défis sont grands : amplitudes – géographiques et temporelles – des crises de plus en plus importantes, difficultés d’accès aux victimes, financements insuffisants, etc. Aussi, pour y faire face, les logisticiens et gestionnaires de projets humanitaires doivent constamment innover. Parmi les derniers outils technologiques utilisés par les organisations humanitaires, les véhicules aériens non habités (Unmanned Aerial Vehicle, UAVs en anglais) sont en tête des discussions sur les nouvelles pratiques.

Les UAVs, une technologie devenue omniprésente

UAV est l’acronyme utilisé par les professionnels pour désigner les appareils appelés plus communément « drones ». Ce terme générique couvre tous les véhicules aériens sans pilote, de tailles et objectifs variables, allant des petits véhicules de type d’hélicoptère de la taille d’une main à d’énormes appareils type « avion », comme le Predator de l’armée américaine.

C’est malheureusement souvent l’image du Predator que beaucoup de gens ont à l’esprit lorsque le mot « drone » est évoqué. Or, l’usage de ces appareils dépasse le domaine militaire, et le secteur humanitaire parmi d’autres, l’a vite compris. Aussi, pour lui, leur potentiel regroupe notamment :

  • Distribution de biens matériels
  • Estimation des populations affectées, déplacées
  • Cartographie de haute qualité
  • Surveillance (alertes anticipées)
  • Recherche et secours
  • Évaluation des dégâts

Dans cette perspective, ils représentent d’intéressantes opportunités de gain de temps et d’efficacité, mais permettent aussi la réduction des incertitudes – nombreuses sur les terrains de catastrophes. Cependant, les drones, comme toute nouvelle technologie, ne sont pas eux aussi sans apporter leur lot de questions et d’ambigüités.

Les UAVs, une technologie vraiment efficace?

L’appel aux drones pour optimiser les interventions humanitaires est freiné par l’image négative qui entoure leur technologie. La problématique est délicate : les ONG veulent aider les populations et voient dans les UAVs une opportunité d’améliorer leur processus, mais les limitations d’utilisations sont multiples. Du point de vue légal, les législations concernant le droit à l’image et le droit d’utilisation de l’espace aérien sont souvent très imprécises. D’un point de vue financier, les couts d’une telle technologie sont considérables (e.g. le déploiement de drones de surveillance des Nations Unies en RDC en 2013 a couté 15 millions). D’un point de vue éthique, il est difficile de faire appel à une technologie principalement connue pour son usage d’arme moderne. Le but des travailleurs humanitaires est d’aider les populations, ce qui est impossible s’ils les effrayent. Aussi, l’usage des drones humanitaires a été uniquement limité, à cet instant, aux territoires extérieurs aux zones de conflits[1]. De plus, l’utilisation des images collectées peut mener à des glissements dangereux pour la neutralité des ONG. Les ONG devraient-elles utiliser des images collectées par des drones de surveillance militaire afin de venir en aide aux populations? Non. Et à l’inverse, elles ne veulent surtout pas être impliquées dans des collectes de données qui pourraient servir à des objectifs gouvernementaux ou militaires.

Les UAVs, un sujet de recherche au cœur de la gestion de projet humanitaire

Finalement, plusieurs questions fondamentales subsistent et tout reste à faire autour de l’utilisation des drones dans la gestion de projets humanitaires. Si le potentiel est important, des questions de base restent sans réponse. La plus importante de toute: dans quelle mesure les données collectées éclairent-elles les processus décisionnels des organisations? Sans de telles réponses, les bénéfices à ressortir d’une telle technologie, pour les organisations humanitaires, reste très questionnables.

L’OCCAH recherche actuellement des étudiants dynamiques pour un nouveau projet de recherche sur l’utilisation des drones dans les contextes humanitaires, lancé conjointement avec le Montreal Institute for Genocide and Human Rights Studies de l’Université Concordia.
Pour plus d’information : 
http://bit.ly/1JqEa27

Si vous souhaitez en apprendre plus sur le sujet :

[1] Médecins sans Frontières a utilisé des drones dans ses déploiements au Liberia pendant l’épidémie d’Ébola, aux Philippines, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et actuellement en Méditerranée.

Rédigé en septembre 2015