L’infonuagique en entreprise et ses enjeux

Max Plante

M. Plante, Directeur chez Nurun, est un gestionnaire chevronné, spécialiste de l’innovation en technologies de l’information et du numérique d’entreprise, possédant près d’une vingtaine d’années d’expérience dans de grandes entreprises et des organisations gouvernementales. Il est aussi reconnu pour ses fréquentes interventions dans des médias québécois en tant que chroniqueur en culture numérique.


«Les avantages offerts par l’infonuagique la rendent, aujourd’hui, incontournable. Mais ce nouveau modèle technologique affecte fondamentalement les projets de solutions numériques dans les grandes entreprises.»

Les grandes entreprises, les institutions et les organismes publics adoptent graduellement l’infonuagique. Ce modèle technologique offre des avantages considérables, mais impose de nouvelles considérations à la gestion de projet.

Avant Internet, une organisation était plutôt contrainte à installer et maintenir ses infrastructures informatiques, ses outils de développement logiciel et ses applications dans ses bureaux, près de ses opérations. Toutefois, Internet et les liens réseaux à large bande ont permis, dès les années 90, la distribution de ces ressources informatiques dans différents lieux d’affaires ou chez des fournisseurs externes. Constatant cette évolution, des compagnies comme Google, Amazon, Microsoft, IBM et autres, ont plus récemment créé une offre de ressources informatiques alternative au modèle traditionnel, c’est-à-dire, une offre en infonuagique.

Par définition, l’infonuagique, aussi appelée «cloud computing», se caractérise par un accès opportun et sur demande à des ressources informatiques partagées et omniprésentes. Elle se décline en trois catégories de services, soit :

  • les applications offertes aux usagers en «Software as a Service» (SaaS);
  • les outils offerts aux programmeurs en «Platform as a Service» (PaaS);
  • les équipements virtualisés offerts aux TI en «Infrastructures as a Service» (IaaS).

Aujourd’hui, les applications SaaS sont communes dans le marché: Il suffit par exemple de penser à Outlook.com, Gmail, Google Docs, Dropbox, et bien d’autres. Les outils en PaaS et les équipements virtualisés en IaaS sont, quant à eux, peu perceptibles par le grand public, mais sont utilisés ou offerts par la plupart des applications et sites Web populaires.

Une organisation qui opte pour l’infonuagique le fait généralement pour réaliser des économies d’échelle, normaliser et globaliser ses services, doter ses employés d’outils plus performants et réduire radicalement les coûts et les risques initiaux d’un projet en tirant profit de l’élasticité des ressources consommées.

Le caractère opportun et sur demande de l’infonuagique permet notamment de ne payer que les ressources nécessaires à chaque phase d’un projet plutôt que de payer en amont pour le maximum de ressources qui seront nécessaires à terme. Par exemple, si un projet vise à desservir plusieurs milliers d’utilisateurs, les périodes de développement et de rodage, qui durent plusieurs mois, ne peuvent desservir que 1 % à 10 % de ceux-ci.

Aussi, certaines périodes d’opération (la nuit, les vacances, des diminutions de personnel, etc.) peuvent nécessiter moins de ressources informatiques. L’infonuagique permet, dans ces deux exemples, de moduler l’utilisation des ressources, donc ses dépenses, contrairement au modèle traditionnel d’acquisition de licences et de matériel.

Malgré tous ces bénéfices, l’infonuagique se bute souvent à des enjeux organisationnels. En voici quatre à considérer lors de son introduction en entreprise.

#1 – Se munir d’une vision stratégique

Pour éviter les tergiversations ou l’attentisme, une organisation doit se munir d’une vision stratégique claire, qui encourage et jalonne son adhésion à l’infonuagique.

#2 – Porter attention aux dispositions normatives, règlementaires et juridiques

Bien qu’il n’existe au Québec, tant pour les organisations des secteurs public et privé, aucune interdiction explicite d’utiliser un fournisseur d’infonuagique canadien, américain ou européen, des précautions sont de mise. Il est donc nécessaire de s’assurer qu’une solution utilisant l’infonuagique respecte les normes, les lois et règlements applicables.

#3 – Former son personnel

Intuitivement, le personnel peut appliquer une approche traditionnelle à des projets utilisant l’infonuagique, ce qui s’avère souvent coûteux et inefficace. Il est donc requis de prévoir des formations de mise à niveau des employés et, à la rigueur, réévaluer son approche de conception des solutions informatiques.

#4 – Aborder le financement et l’acquisition différemment

L’achat des droits d’utilisation des logiciels et des équipements informatique change aussi avec l’infonuagique. Plutôt que d’offrir une licence logicielle perpétuelle, un fournisseur «louera» sa licence, mensuellement ou annuellement. Semblablement, il «louera» ses équipements à l’heure, au mois ou à l’année. Dès lors, des dépenses qui se faisaient autrefois en immobilisation peuvent désormais se transformer en dépenses d’exploitation.

Bref, ce ne sont là que quelques considérations en gestion de l’introduction de l’infonuagique en entreprise. Il en existe davantage, spécifiques à chaque industrie. Cependant, l’infonuagique reste un pilier de l’inévitable évolution des technologies de l’information vers le numérique, qui marque la présente décennie.

Rédigé en novembre 2014

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«Cloud Computing : The New Strategic Weapon» – http://www.pmi.org/business-solutions/~/media/PDF/Business-Solutions/Cloud%20Computing_FINAL.ashx