Leçon obligée : La saine gestion des projets

Hélène Sicotte

Hélène Sicotte détient un doctorat (Ph.D.) en gestion de la technologie et TI. Elle est membre des comités scientifiques de la Chaire de gestion de projet et de la Chaire Ivanhoé Cambridge d’immobilier. Elle enseigne dans les programmes de gestion de projet, dont elle a été directrice à deux reprises. Ses recherches portent sur l’innovation et la résilience, la gestion organisationnelle de projet et les capacités.

 

Andrée De Serres

Andrée De Serres est avocate, MBA et a obtenu un doctorat (Ph.D.) du programme conjoint de Montréal. Elle est titulaire de la Chaire Ivanhoé Cambridge d’immobilier à l’ESG-UQAM. Son enseignement et sa recherche portent principalement sur les innovations en gouvernance et les formes organisationnelles, le financement et la gestion des risques dans les projets immobiliers et d’infrastructures.

«L’environnement d’affaires de la construction et de l’immobilier est sous la mire du gouvernement. L’impact voulu est, entre autres, que ces entreprises ne pourront plus prétendre laisser leurs projets hors de leur saine gouvernance. De cette nécessité, naissent actuellement des processus et des pratiques dont les autres secteurs seront avisés de s’inspirer.»

Un pilier de la naissance de la gestion de projet

Quand la construction va, tout va : la demande immobilière et d’infrastructure fluctue en effet, avec les affaires et les cycles d’investissement. D’ailleurs, les gouvernements ont l’habitude d’utiliser l’immobilier et les infrastructures comme leviers économiques et l’impact est d’autant plus effectif que, dans la grande région de Montréal, 14,60 % des emplois y sont rattachés (donnée de 2011). La construction et la gestion immobilière forment l’une des industries fondatrices de la gestion de projet. En effet, elles sont connues pour être à dominance d’organisations basées sur les projets (project-based organization). Dans ces entreprises, la conception et la production sont organisées autour du projet; les produits ou services sont uniques ou hautement personnalisés. La gestion d’un ensemble de projets simultanés devient donc une réalité qui doit être maîtrisée pour assurer le développement et l’application des stratégies. La prédominance du secteur dans l’évolution de la gestion de projet s’est peu à peu diluée avec l’arrivée de nouveaux secteurs, comme la santé. Cependant, l’occasion est propice actuellement à une nouvelle contribution.

 D’où vient le vent?

Depuis quelques années, l’actualité nous montre que ce secteur est aussi fragile que le plus faible de ses maillons. L’atteinte à la réputation est d’ailleurs l’élément le plus visible et le plus pernicieux, en produisant d’importantes conséquences sur l’économie.

Pour y remédier, le gouvernement, par la loi 1, impose une accréditation administrée par l’autorité des marchés financiers (AMF) et l’unité permanente anti-corruption (UPAC). Cette loi touche non seulement les fournisseurs directs, mais aussi leurs propres fournisseurs jusqu’à rejoindre des organisations qui ne se considèrent probablement pas dans ce secteur.

Une leçon fondamentale

Peu importe sa taille ou sa position dans la chaine de valeur, toute organisation est maintenant encadrée par des règles de gouvernance, de transparence et de dévoilement de ses relations d’affaires. Ces règles, enchâssées dans le cadre légal et dans les saines pratiques de gouvernance, n’exigent rien de moins qu’un diagnostic interne et la mise en place de processus formels pour répondre correctement et, de façon efficiente, en vue de garder son accréditation. La collecte et la mise en forme de ces données va au-delà de ce qui est détenu par les projets car le temps n’est plus une limite. Il ne suffit pas de rassembler les informations sur les parties prenantes du projet qui est le sujet d’une réponse à un appel d’offres publiques. C’est l’organisation dans son entier qui doit contribuer.

Pour se faire accréditer une fois, un travail considérable est à faire pour rechercher des informations qui ne sont pas toujours dans les systèmes transactionnels ou de reportage de son entreprise. Pour garder cette accréditation, il faudra se doter d’un ensemble de processus qui soutiendront ce qui deviendra une bonne pratique ici, et ailleurs au Canada. On peut ainsi imaginer que la construction et l’immobilier devancent les autres secteurs … par obligation, mais que le résultat en vaudra la chandelle pour tous.

Pour ceux qui voudraient en connaître davantage, la Chaire Ivanhoé Cambridge d’immobilier diffuse plusieurs sources d’information, entre autres, sous les onglets « publications et formation » sur son site Internet : www.ivanhoecambridge.uqam.ca

 Rédigé en novembre 2014